Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 2.djvu/186

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Royal. Si la cour parut d’abord s’associer aux sympathies de la France, ce fut uniquement parce qu’il y aurait eu danger à les braver. L’attitude prise en public on se hâta de la démentir dans les instructions secrètes adressées aux agents extérieurs.

Quelque temps après le 29 novembre, un membre de la diète eut une entrevue avec le consul français. « Que devons-nous attendre des sympathies du gouvernement de juillet ? demanda M. Biernacki. — Rien, répondit froidement le consul. — Mais si la fortune nous secondait, si nos succès venaient prouver à l’Europe tout ce qu’il y a d’énergique dans notre vouloir et de sérieux dans notre affranchissement ? — Je vous répète, monsieur, que vous n’avez à espérer du cabinet que je représentent ni encouragement ni appui. — Vous chargez-vous, au moins, d’être notre intermédiaire auprès de votre gouvernement ? — Non, monsieur. — De lui faire tenir nos dépêches ? Elles seront ouvertes et lues par l’Autriche. — Que doit donc, selon vous, faire la Pologne ? — Se soumettre. » M. Biernacki se retira plein de surprise et d’indignation.

Ainsi se vérifiait déjà, pour la Pologne, grâce à l’égoïsme des gouvernements, cette populaire et touchante formule de son désespoir : « Dieu est trop haut et la France trop loin. »

Ce que les Polonais pouvaient, si tout appui même indirect, ne leur eût manqué, on en jugera par les prodiges de leur longue lutte, éternel sujet d’admiration pour le monde, et pour la France, éternel sujet de douleur !