Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 5.djvu/446

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son ennemi sur le produit des mines du Sennaar. A peine arrivé, il s’occupa d’envoyer à son fils des renforts de troupes. Et le sultan s’enveloppait si bien dans sa dissimulation, le mustechar Nouri-Effendi protestait avec une obstination si naïve des intentions pacifiques de la Porte, qu’au milieu des images et du bruit de la guerre, l’amiral Roussin n’avait rien perdu de sa sécurité. Il écrivit à M. Cochelet, consul-général de France à Alexandrie, que la paix ne serait pas rompue; que la France le voulait ainsi, et que sa volonté l’emportait. Mais tel n’était pas le sens des dépêches qu’à son tour M. de Stürmer adressait à M. de Laurin, consul-général d’Autriche auprès du vice-roi. « Quand d’aussi graves personnages ne sont pas d’accord, s’écria ironiquement Méhémet-Ali, le doute est permis. » Et les renforts partirent.

Ainsi, l’on touchait au dénoument. Mais lequel des deux rivaux allait se donner les torts de l’agression ? question grave, décisive peut-être, puisque l’Europe avait déclaré que celui-là serait le coupable qui aurait été l’agresseur ! L’agresseur, ce fut le sultan. Le 21 avril (1839), l’avant-garde turque passait l’Euphrate, près de Bir, ville située a vingt-cinq heures d’Alep, heures de caravane.

A cette nouvelle, Ibrahim tressaillit de joie, et ses courriers allèrent aussitôt porter aux troupes égyptiennes, disséminées dans la province, l’ordre e d’un mouvement général sur Alep. La joie ne fut pas moindre chez Méhémet-Ali, mais sa vieillesse prudente en garda le secret. Le 16 mai, les consulsgénéraux recevaient la note suivante :