Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 5.djvu/75

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Au nombre des amis les plus dévoués de Carrel était M. Grégoire, qui l’avait accompagné jusqu’à la porte du bois et qui attendait là le dénoûment dans un cruel état d’anxiété. Tout-à-coup, le bruit d’un tilbury roulant avec rapidité dans les avenues se fait entendre. Le tilbury s’arrête à la grille, et deux amis de M. de Girardin en descendent. C’étaient MM. Cleemann et Boutmy, qui, de la part de Carrel, venaient chercher M. Grégoire. Par eux il apprit l’issue fatale du combat, et avec eux il se hâta vers le lieu de la scène. En arrivant, il aperçut les deux adversaires étendus par terre, l’un à gauche, l’autre à droite, aux bords du chemin. La blessure de Carrel était la plus profonde, la plus dangereuse, la balle ayant froissé les intestins. On s’empressa autour de lui pour le soulever. En passant à côté de M. de Girardin, il lui demanda s’il souffrait, noble et généreux jusqu’au bout. Cependant il était en proie à de vives douleurs et il se sentait perdu. Un homme qui travaillait aux champs étant accouru et cherchant à le rassurer sur les suites, il répondit par un sourire d’incrédulité et de résignation. Transporté à St-Mandé chez un de ses anciens camarades de l’école militaire, M. Peyra, il y reçut l’hospitalité la plus affectueuse et la plus touchante. Pendant les premières heures, un léger rayon d’espoir soutint ses amis. Les docteurs Jules Cloquet et Marx veillaient sur cette vie précieuse.

Au dehors, cependant, la sinistre nouvelle s’étant répandue de proche en proche, la consternation fut universelle, inexprimable. Les uns refusaient de croire qu’une aussi haute destinée pût être tranchée