Page:Bloy - Histoires désobligeantes.djvu/137

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


vos chiens sur moi ou de ne pas envoyer quérir les gendarmes. Cela m’encourage à vous rappeler que j’agis au nom d’une morte, c’est-à-dire pour obéir aux dernières volontés d’une malheureuse fille qu’on enterrait avant-hier. Je ne suis en cela, vous le sentez bien, qu’un mandataire bénévole qui s’est beaucoup dérangé. Libre à vous de ne rien faire et même de renier, tant qu’il vous plaira, votre propre sang. Mais je suis très las de mon voyage et je m’étonne que vous ne m’ayez pas fait encore la plus légère démonstration d’hospitalité.

Ces derniers mots tendant à prolonger l’entrevue de quelques heures durant lesquelles je m’efforcerais d’enlacer mon hôte, ne lui déplurent pas. Il s’adoucit, devint même cordial et me fit déjeuner avec lui.

Mais quelque allumante et suggestive que fût la table du viticole, mes finesses diplomatiques, aussi bien que mon éloquence attendrie, se trouvèrent inefficaces, ainsi que je l’avais prévu, et je n’emportai de cette visite qu’une confirmation plus amère de mon impuissance à pénétrer les carapaces des hippopotames ou des philosophes pachydermateux.

L’histoire de la nièce est peut-être ce que j’ai connu de plus extraordinaire dans le lamentable. Elle se