Page:Bloy - Histoires désobligeantes.djvu/172

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peu fort. Sans exiger assidûment « le doigt de Dieu », à la façon d’un potache allaité par les bons pères, on voudrait tout de même, pour l’honneur de la Justice, que l’agonie de ce malfaiteur eût été moins douce.

Ainsi parlait un homme sans malice qu’offusquait l’insolente gloire du marquis de la Tour de Pise.

Ce personnage trop connu venait à peine d’expirer. Longtemps on l’avait cru éternel. Né dans la joyeuse Angleterre, dès le commencement de l’émigration, quand Louis XVI avait encore sa tête sur ses épaules, un bruit public le disait vert-galant encore aux environs de la nonantaine. Prodige peu vérifié, sans doute, mais accrédité par l’enthousiasme de quelque disciples frileux qui avaient eux-mêmes dépassé soixante ans.

Le fait est que le marquis Hector de la Tour de Pise lançait des rayons, comme un ostensoir. Il passait pour indiscutable que des reines avaient autrefois crevé d’amour « en entrant dans sa chambre » et que tout un peuple d’Arianes sanglotait à cause de lui.

Bien longtemps avant le célèbre Beauvivier qui nous console, il avait su mettre sa personne en adjudication et même en actions. De là son opulence. Jusque dans les derniers jours, on vit les familles les plus hautaines payer très cher des coupons de son alcôve…

Telle était du moins la légende universellement