Page:Bloy - Histoires désobligeantes.djvu/247

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dit-on, s’accrut avec l’âge. Plus il vieillissait, plus il voyait clair. Les aumônes diminuaient à proportion.

Les vicaires lui donnaient encore quelques liards pour l’acquit de leur conscience. Des étrangers qui ne se doutaient de rien ou des êtres appartenant au plus bas peuple et qui, très probablement, avaient en eux le principe secret de la clairvoyance, le secouraient quelquefois.

L’aveugle de l’autre porte, homme juste et pitoyable qui faisait de belles recettes, le gratifiait d’une humble offrande aux jours de grand carillon.

Mais tout cela était vraiment bien peu de chose, et la répulsion qu’il inspirait, devenant chaque jour plus grande, il y avait lieu de conjecturer qu’il ne tarderait pas à crever de faim.

C’était à croire qu’il en avait fait le serment. Avec cynisme, il étalait son infirmité, comme les culs-de-jatte, les goitreux, les ulcéreux, les manicrots ou les rachitiques étalent les leurs, aux fêtes votives, dans les campagnes. Il vous la mettait sous le nez, vous forçant pour ainsi dire, à la respirer.

Le dégoût et l’indignation publics étaient à leur comble, et la situation du malandrin ne tenait plus qu’à un seul cheveu, lorsque survint un événement aussi prodigieux qu’inattendu.

Le clairvoyant héritait d’un petit neveu d’Amérique, devenu insolemment riche dans la falsification