Page:Bloy - Histoires désobligeantes.djvu/274

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Le Psychologue roucoula qu’il n’y a de beau que la pitié, la vraie pitié judicieuse qui s’émeut aux gémissements du riche, et que c’est un crime social d’encourager la paresse des mendicitaires.

Il ajouta qu’une administration lumineuse aurait le souci de protéger avant tout, contre ces derniers, les intelligences distinguées et les « âmes fines » qui conservent encore parmi nous les traditions de l’élégance aristocratique et de la sensibilité.

La conclusion fut rotée par Francisque Lepion, philosophe gras et plein d’énergie qui réclama nettement les plus insalubres colonies pénitentiaires pour tout citoyen français incapable de justifier de trente mille francs de revenu.

Un homme libre qui avait eu des malheurs à Constantinople et qui s’était rendu célèbre en exécutant des rossignolades à la chapelle Sixtine du suffrage universel, appuya ce juste vœu d’un gazouillement tibicin.

Plusieurs poètes mucilagineux et inextricables énumérèrent les châtiments afflictifs qu’une vigoureuse répression devrait exercer contre les impénitents ou les relaps de la misère.

Les fusillades, les mitraillades, les noyades, les autodafés, les bannissements ou déportations en masse, arrachèrent successivement des cris d’enthousiasme.

Il arriva même qu’un bibliophile ayant sur lui,