Page:Bloy - Histoires désobligeantes.djvu/336

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ques écrivains l’ont démontré surabondamment, et je pense qu’il est inutile d’insister.

Une seule chose précieuse m’était restée. Une sorte de fleur très pure dans un coin vierge de mon jardin saccagé. C’était le souvenir infiniment doux de ma mère.

Souvenir de délices, lumineux et pacifiant ! L’ayant perdue si tôt, je n’aurais pu reconstituer les lignes de son cher visage, mais je me souvenais de l’avoir vue ravissante, et la douceur merveilleuse de ses caresses était immortelle.

La dernière fois, surtout, elle avait été si triste et si tendre, ma mère bien aimée, si tendre et si profondément triste qu’en y songeant, je me sentais fondre de pitié…



Je cours au dénouement de cette histoire, qui me tue, qui me dévore, qui me souille au delà de ce qui peut être pensé.

Quand je sortis du collège, celui qui se disait mon père avait tellement vieilli que j’eus peine à le reconnaître. Mais il était devenu, je crois, plus atroce.

Sa haine pour moi, d’ailleurs inexplicable, me parut s’être exaspérée jusqu’à une espèce de rage chronique, difficile à peindre, qui faisait songer à la possession démoniaque.