Page:Bloy - Histoires désobligeantes.djvu/359

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près de la fontaine miraculeuse fut mon protégé. Il priait en grand recueillement, et je pus l’observer.

C’était un homme d’aspect vulgaire, habillé de façon presque misérable. Il devait avoir dépassé cinquante ans et portait déjà les marques d’une caducité prochaine.

On devinait que toutes les giboulées du malheur s’étaient acharnées sur lui. Sa figure timide et souffreteuse eût été, je crois, insignifiante, sans une expression de joie singulière qui paraissait être l’effet d’un colloque intérieur. Je voyais ses lèvres s’agiter faiblement et, parfois, sourire de ce doux et pâle sourire de quelques idiots ou de certains êtres pensants dont l’âme serait immergée dans un gouffre de dilection.

Ses yeux, surtout, m’étonnèrent. Fixés sur l’image en bronze de la Vierge Lamentatrice, ils lui parlaient comme cent bouches auraient parlé, comme tout un peuple de bouches suppliantes ou laudicènes ! J’imaginai — sur le registre divin où les vibrations des cœurs seront, un jour, transposées en ondulations sonores — tout un carillon de louanges, de divagations amoureuses, de remerciements et de désirs.

Il me sembla même — et, depuis des ans, je garde cette impression — que, du milieu des montagnes environnantes, ceinturées alors d’éclatants brouillards, mille fils de lumière, d’une ténuité et d’une douceur infinies, venaient aboutir au visage cala-