Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/139

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


dit que Dieu les ait faits, comme nous, à sa Ressemblance et qui n’ont ni corps ni figure ?

C’est à leur sujet qu’il fut écrit de ne jamais « oublier l’hospitalité », de peur qu’il ne s’en cachât quelques-uns parmi les nécessiteux étrangers.

Si tel vagabond criait tout à coup : « Je suis Raphaël ! Je paraissais boire et manger avec vous ; mais ma nourriture est invisible et ce que je bois ne saurait apparaître aux hommes » ; qui sait si la terreur du pauvre bourgeois ne s’étendrait pas aux constellations ?

Fumant de peur, il découvrirait que chacun vit à tâtons dans son alvéole de ténèbres, sans rien savoir de ceux qui sont à sa droite et de ceux qui sont à sa gauche, sans pouvoir deviner le « nom » véritable de ceux qui pleurent en haut ni de ceux qui souffrent en bas, sans pressentir ce qu’il est lui-même, et sans comprendre jamais les murmures ou les clameurs qui se propagent indéfiniment le long des couloirs sonores.


XIX


Le réveil de Clotilde fut délicieux comme l’avait été son sommeil. La pauvre fille naissait au bien-être, à la confortable vie qu’elle n’osait même plus rêver depuis bien longtemps.

Elle comprit d’abord qu’il lui faudrait beaucoup plus d’un jour pour s’habituer à son bonheur, pour le réaliser