Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/268

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


dame en enfance qui se disait sa tante maternelle, il nous fut loisible de nous empoisonner l’un de l’autre, et nous ne connûmes pas d’autre souci.

Un jour, néanmoins, la duègne eut l’air de se réveiller et me pria, d’un ton bizarre, de vouloir bien lui faire connaître l’objet de mes visites continuelles.

— Mais, Madame, lui dis-je, ne le savez-vous donc pas ? C’est mon intention formelle, aussi bien que mon désir le plus vif, d’épouser Mademoiselle votre nièce le plus tôt possible. Je crois savoir qu’elle partage mes sentiments et j’ai l’honneur de vous demander officiellement sa main.

La demande était tardive, ridicule et, à tous les points de vue, fort irrégulière. Cependant, je ne mentais pas.

À ces mots, elle poussa un grand cri et prit la fuite en se couvrant de signes de croix, comme si elle avait vu le diable.

Antoinette n’était pas là pour me donner une explication ou s’étonner avec moi, et je dus me retirer…

Je ne l’ai jamais revue, la pauvre Antoinette ! Il y a de cela vingt ans, et je ne saurais dire aujourd’hui si elle est vivante ou morte…

Il s’arrêta une seconde fois, n’ayant plus de forces.

Clotilde fit le tour de là table et vint se mettre à côté de lui.

— Mon ami, lui dit-elle, posant la main sur son épaule, mon cher mari, toujours et quand même, n’allez pas plus loin. Je n’ai pas besoin de confidences qui vous font souffrir et je ne suis pas un prêtre pour entendre votre