Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/329

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La première chose qu’on remarquait en Madame Poulot, c’était les moustaches. Non la brosse virile, foisonnante et victorieuse de son époux, mais un tout petit blaireau sur la commissure, un soupçon de peluche d’oursonne qui vient de naître. Il paraît qu’on s’était battu pour ça. Le pigment énergique de ce poil convenait si bien à la sauce aux câpres de sa figure, lavée seulement de la pluie des cieux et que coiffait en nid de bécasse une sombre toison ennemie du peigne !

Les yeux, de nuance imprécise et d’une mobilité inconcevable, dont le regard défiait la pudeur des hommes, avaient toujours l’air de vendre des moules dans un pavillon des halles.

La forme exacte de la bouche échappait aussi à l’observation, tellement cette embrasure de l’obscénité et de l’engueulement se travaillait, se contorsionnait et se démenait pour obtenir ces moues précieuses qui caractérisent la plus succulente moitié d’un officier ministériel.

Mal bâtie, au demeurant, carrée des épaules, privée de gorge et de taille, son buste, autrefois pétri par des mains sans art, devait avoir, sous une chemise très rarement savonnée, la plastique d’un quartier de veau roulé par terre, que des chiens, pressés de fuir, auraient abandonné en le compissant.

Par là s’expliquait sans doute l’usage fréquent des peignoirs, reliques des anciens trousseaux dont l’austérité conjugale avait mitigé la transparence. La même cause, très probablement, justifiait la vélocité habituelle de sa