Page:Bloy - Les Dernières Colonnes de l’Église, Mercure de France, 1903.djvu/97

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que c’est que d’écrire l’histoire des saints. Cela exige des notions si oubliées, des sentiments si défunts, si enterrés ! Parmi les êtres les moins étrangers, en apparence, aux choses divines, chez les catholiques les plus pieux, l’ignorance maintenant est si complète et les cœurs sont situés si bas que la Sainteté leur paraît un superlatif de la Vertu.

Cette Essence exclusive et incompatible est devenue un élixir pour ces intelligences de parfumeurs.

Personne n’a plus l’air de savoir que la sainteté est l’Octroi surnaturel qui sépare autant un homme des autres hommes que si sa nature était changée. Et cela ne se fait pas tout à coup ni peu à peu. C’est une chose qui se passe au fond de Dieu, dans les avenues silencieuses de sa Volonté. On est un saint comme on est un homme de génie, c’est-à-dire une créature aussi à part, aussi séquestrée, aussi prodigieusement solitaire que pourrait l’être une espèce végétale du Paradis perdu. Il n’y a pas de route pour aller