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Page:Boisgobey - Rubis sur l'ongle, 1886.djvu/90

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— Ah ! ça, ils te prennent donc pour un oracle ? lui demanda Bécherel, quand ils furent hors du restaurant.

— Pour un sous-oracle, et ils n’ont pas tort. Je viens de recevoir une nouvelle sûre et je la garde pour moi. Quand ils l’apprendront, mon coup sera fait.

— Tu vas donc jouer aujourd’hui ?

— En voilà une question ! Penses-tu que je vais pénétrer dans ce monument pour contempler les peintures en grisailles qui décorent le plafond de la grande salle ?

Bécherel ne souffla plus mot et se laissa entraîner vers le temps grec, où en fait de déesse, on n’adore que la fortune. Il en sortait des clameurs confuses, car l’heure avait sonné et le culte de cette divinité capricieuse était en plein exercice. Les retardataires enjambaient quatre à quatre les marches qui s’étendent devant la façade de l’édifice, et la foule encombrait déjà le péristyle et les colonnades latérales.

Une longue file de voitures s’étendait devant la grille ; d’autres arriveraient à toute minute, jetant sur l’asphalte du trottoir un spéculateur ou un commis d’agent de change qui n’attendaient pas pour sauter à terre que le cheval fût arrêté.

Tout ce monde de l’argent courait, grouillait, s’agitait et vociférait.

— Je n’ai jamais visité Charenton, pensait Bécherel, mais je me figure que les pensionnaires de cet établissement se démènent moins et font moins de tapage que ces messieurs-là.

Gustave ne lui laissai pas le temps de réfléchir.