Page:Boissy-Oeuvres de Théâtre de M. Boissy. Vol.2-1773.djvu/183

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MONTVAL.

Soyez moins alarmée. On vit avec cela.
Ce poison répandu vient de la Capitale.


LA MARQUISE.

Et comment nommez-vous cette fievre fatale ?


MONTVAL.

C’est la Métromanie.


LA MARQUISE.

C’est la Métromanie.Ah ! Quel nom effrayant !
Il me fait frissonner.


MONTVAL.

Il me fait frissonner.On l’appelle autrement
La fureur de rimer, dont la France est saisie.
Depuis sept ou huit mois tout Paris versifie.


LA MARQUISE.

Ce n’est pas là son mal. J’aurois moins de frayeur.


MONTVAL.

N’a-t-il pas pour les Vers une certaine ardeur ?


LA MARQUISE.

Oui, mais s’il en faisoit, j’en saurois quelque chose,
Et je n’ai jamais vu de lui ni Vers ni Prose.
Un Auteur se trahit. S’il travaille en secret,
Il lit l’Ouvrage au moins à quelque ami discret.
Mais pour mon frere, il garde un silence modeste.


MONTVAL.

Qu’est-ce donc qu’il écrit ?


LA MARQUISE.

Qu’est-ce donc qu’il écrit ? Je ne sais, rien ne reste,
Nul vestige, nul trait de ce qu’il fait chez lui.
Plus que ma niece encore il m’étonne aujourd’hui.
Arrachez l’un et l’autre à leur mélancolie,
Une Sœur, une Tante ici vous en supplie,
C’est à leur salut seul que j’attache le mien,
Dès qu’ils seront guéris je me porterai bien.