Page:Boissy-Oeuvres de Théâtre de M. Boissy. Vol.2-1773.djvu/194

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LISETTE.

Dans leurs façons d’agir, que les Amans sont fous !
À baiser ce pinceau, quel plaisir prenez-vous ?


MONTVAL.

L’objet qui l’a touché le rend cher à ma flamme,
J’en tiens un nouvel être, & lui dois une autre ame.
(Il regarde son portrait.)
De mes traits embellis, je demeure enchanté.
Que je me trouve beau ! c’est sans fatuité.
Dans mon portrait, au fond, ce n’est pas moi que j’aime,
C’est la main qui l’a fait, c’est Lucile elle-même.
Puis-je trop le chérir ? les graces & l’amour
Ont peint & retouché l’ouvrage tour à tour.


LISETTE.

Elle vient. Cachez-vous, goûtez en Amant tendre,
Avant que de la voir, la douceur de l’entendre.



Scène V.

LUCILE, LISETTE, MONTVAL, caché derrière son portrait.



LUCILE, à Lisette qui court au-devant d’elle.

Lisette, soutiens-moi, j’ai besoin de ton bras,
Je me sens déjà lasse, & n’ai fait que deux pas.


LISETTE.

Vous serez beaucoup mieux quand vous serez assise.


LUCILE.

Ah ! je suis mal par-tout. Rien ne me tranquillise ?
N’importe, donc, approche un peu ce fauteuil-là
Mettons-nous à l’ouvrage, il me délassera.
(Elle peint)
Cher Montval, attendant le bonheur de te suivre,
J’aime sur cette toile à te faire revivre :