Page:Boissy-Oeuvres de Théâtre de M. Boissy. Vol.2-1773.djvu/215

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Et c’est en conversant que mon art les guérit.
Soit dans leur mouvemens, soit dans leur fantaisie,
Je les suis pas à pas, & je les étudie.
Un coup d’œil me suffit pour y voir leur tourment ;
Par exemple, j’ai lu le vôtre en un moment.
Pour vous prouver, d’un mot, que j’ai su le connoître,
Vous brûlez d’être Auteur, & vous ne pouvez l’être.
Cette inutile ardeur vous tourmente l’esprit,
Et c’est elle en secret, Monsieur, qui vous maigrit.


LE BARON.

Je ne puis, à ces mots, que rougir & me taire.
Pour vous désavouer, je suis né trop sincere :
Votre savoir m’étonne, & confond ma raison.
Je passe de l’estime à l’admiration.
Vous n’êtes pas un homme, il faut être un génie,
Pour avoir pénétré ma secrete manie.
Jugez présentement, jugez de bonne foi,
S’il est quelqu’un au monde à plaindre autant que moi.
Si ma peine était sue, ah ! j’en mourrois de honte.
Tout ce que je demande, & sur lequel je compte,
Gardez bien mon secret, & déplorez mon sort.


MONTVAL.

Je veux, & puis pour vous faire un plus grand effort,
Tout singulier qu’il est, ce mal qui vous transporte,
Je prétens le guérir, ou pallier de sorte
Que vous recouvrerez la joie & la santé ;
Je répons du remede & de sa sûreté.


LE BARON.

Vous me rendrez Poëte ! ô Ciel ! puis-je le croire ?


MONTVAL.

Vous en aurez le titre.


LE BARON.

Vous en aurez le titre.Il suffit pour ma gloire :
Ah ! je voudrois avoir au Théatre un succès,
Et m’entendre applaudir, lorsque je paroîtrois ;
Je crois déja m’y voir, et mon ame est charmée ;