Page:Boissy-Oeuvres de Théâtre de M. Boissy. Vol.2-1773.djvu/217

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Un Grand doit son esprit à son seul Secrétaire,
Le Robin au Palais, & l’Orateur, en Chaire,
Ne débitent souvent que ce qu’un autre écrit.
Le Marchand vend pour sien ce qu’il prend à crédit ;
L’Homme d’intrigue usurpe & vole au vrai génie
La gloire d’un projet, que son art s’approprie ;
Depuis l’Homme de Cour jusques à l’Artisan,
Tout trompe, tout est Geai sous les plumes du Paon.


LE BARON.

Je me rens, ce discours leve enfin mon scrupule,
Je puis me dire Auteur, sans être ridicule.
Vous me rendez la vie en cet heureux instant.
Vous faites plus, votre art me tire du néant.
Vous me créez Poëte, & je vous dois ma gloire.
Vous consacrez mon nom au Temple de Mémoire.


MONTVAL.

Je voudrois que mes Vers fussent tels dans le fonds.


LE BARON.

Moi, sans les avoir vus, je maintiens qu’ils sont bons.
J’irai les réciter avec la même ivresse
Que si j’étois l’auteur en effet de la Piece.


MONTVAL.

Mais vous l’êtes aussi. Ne l’oubliez plus.


LE BARON.

Mais vous l’êtes aussi. Ne l’oubliez plus.Non.
Lisez-les moi d’abord, pour me donner le ton.


MONTVAL, lit.

VERS AU ROI.

Grand roi, pardonne à mon silence,
Il prouve mon respect autant que ma prudence ;
Et le grand nombre auroit dû m’imiter ;
Tous ont le front de te chanter,
Mais aucun n’a l’art de te peindre :
C’est cet écueil fatal, c’est cet exemple à craindre