Page:Boissy-Oeuvres de Théâtre de M. Boissy. Vol.2-1773.djvu/231

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



LISETTE.

Ah ! quelle perfidie !


LUCILE.

Ah ! quelle perfidie ! Il faut l’en empêcher.


LA MARQUISE.

La ligue est générale, on veut nous l’arracher.
Toutes les femmes ont de l’amour pour cet homme :
Moi-même, au fond du cœur, je lui donne la pomme ;
Si je faisois un choix, il tomberoit sur lui.


LUCILE.

Ah, vous convenez donc qu’on doit le priser ?


LA MARQUISE.

Ah, vous convenez donc qu’on doit le priser ? Oui.
Sa figure prévient, & son savoir étonne.
C’est un je ne sai quoi dans toute sa personne,
Qui donne de la grace au moindre mot qu’il dit.
Avec moins de mérite on nous tourne l’esprit,
Dès qu’on est à la mode, on devient notre idole ;
La plus sage y succombe, ainsi que la plus folle.
L’exemple entraîne tout, il est contagieux,
Et l’éclat de la vogue éblouit tous les yeux.


LUCILE.

Quand on l’aime, on ne fait que lui rendre justice ;
Mais ce n’est pas un droit pour qu’on nous le ravisse.
La Comtesse le peut consulter en ces lieux.


LA MARQUISE.

La perfide aujourd’hui, pour se l’attacher mieux,
Veut lui faire épouser une veuve opulente,
Qui n’est jeune ni vieille, & qu’on dit sa parente.


LUCILE

Mais rien n’est plus affreux. Que dit-il à cela ?


LA MARQUISE.

Mais il la remercie.


LUCILE.

Mais il la remercie.Il y consentira.