Page:Boucher de Perthes - De la misère.djvu/34

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crée des occupations sans profits, sans utilité même morale, qui s’écartent autant de la vraie religion que de l’industrie réelle, et qui sont de plus une occasion de dépense et quelquefois de débauche. Sans doute il est bien qu’un jour de la semaine soit consacré à la prière et au repos, c’est un des commandemens de Dieu, et, comme tous les autres, il est fondé sur la justice, la nature et la plus saine logique : le travail est meilleur quand les forces ont été réparées.

Mais ces fêtes qui ne sont ni dans la loi civile ni dans la loi religieuse, ces fêtes politiques sans être morales, ou dévotes sans être pieuses, ces fêtes que l’on célèbre non dans le temple mais au cabaret, sont-elles utiles ? Ne sont-elles pas plutôt une cause incessante de pauvreté par les dépenses, par les excès qu’elles occasionnent, et ne contribuent-elles point à faire naître l’ivrognerie, source de crime et de misère ? Ici arrêtons-nous un instant.

Après la paresse et l’ignorance, avant peut-être, l’ivrognerie est la cause du malheur de nos villes et de nos campagnes. Il existe chez nous comme partout deux espèces de misères :

1°. La misère effective ou matérielle, produite par la disette des choses indispensables à la vie, la disette du pain, du chauffage, des vêtemens ; 2°. la misère qui consiste dans l’absence du superflu. Tel ménage a de la viande, du bois, des habits, qui cependant est pauvre parce qu’il a été accoutumé à autre chose ou qu’il voit journellement en faire usage.

Ce désir d’abondance peut avoir son avantage ; il développe nos facultés intellectuelles, et nous conduit à un travail plus suivi, plus raisonné. Mais il est un superflu qui ne peut jamais produire un bon résultat : c’est celui de la boisson. Ce goût poussé à l’excès, cet amour ou cette vanité de vin, d’eau-de-vie, en engloutissant la moitié des ressources de l’ouvrier, est, en