Page:Bouillet - Chassang - Dictionnaire universel d'histoire-geo - 1878 - P1 - A-G.djvu/397

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ses peuples par la violation de leurs privilèges, il les irrita encore en voulant imposer dans tout le royaume une nouvelle liturgie établie par l'archevêque Laud. Les Presbytériens se soulevèrent alors et rédigèrent le fameux Covenant, acte par lequel ils s'engageaient à défendre leur religion jusqu'à la mort (1638). Charles, ne pouvant les réduire, se vit forcé de convoquer un nouveau Parlement (1640), mais cette assemblée, connue sous le nom de Long-Parlement, loin de lui prêter secours, s'érigea en juge de sa conduite, condamna à mort Strafford, son principal ministre, et assembla contre lui-même une armée à la tête de laquelle elle mit Essex et Cromwell. Les troupes royales furent battues en plusieurs rencontres, notamment à Newbury (1643), Marston-Moor (1644), à Naseby (1645), et Charles I, qui s'était réfugié en Écosse, fut livré aux révoltés par les Écossais (1647). Traduit devant le Parlement, il fut condamné à mort comme tyran, et exécuté en 1649 devant le palais de White-Hall : il subit le supplice avec dignité. Ce prince avait épousé Henriette de France, fille de Henri IV et sœur de Louis XIII. Il eut pour fils Charles II et Jacques II.

CHARLES II, fils de Charles I, né en 1630, mort en 1685, était réfugié en Hollande quand son père fut mis à mort (1649). Il prit aussitôt le titre de roi, vint en Écosse où il trouva des partisans et se fit couronner à Scone (1651); mais ayant été battu à Dunbar et à Worcester, il fut obligé de se retirer sur le continent. Il ne put monter sur le trône qu'en 1660, deux ans après la mort du Protecteur; il le dut surtout au dévouement du général Monk. Profitant peu de l'exemple de son père, Charles II cassa comme lui plusieurs parlements, voulut gouverner seul et s'entoura de ministres corrompus (V. CABAL). Avide de plaisirs, il employa toutes sortes de moyens pour se procurer de l'argent, vendit à Louis XIV Dunkerque, et reçut pendant longtemps une pension de ce monarque. Le mécontentement excité par sa conduite donna naissance au parti des whigs, opposé à celui des tories, et à plusieurs conspirations, qui devinrent à leur tour l'occasion d'exécutions sanglantes : on cite dans le nombre la conspiration de Rye-House, suivie du supplice de lord Russell et d'Algernon Sidney. La peste (1665) et l'incendie de Londres (1666) ajoutèrent encore aux malheurs de cette époque. On doit à ce prince la fondation de la Société royale de Londres (1660); son règne est remarquable par les progrès de la littérature, mais plus encore par la dissolution des mœurs qui s'étendit de la cour dans toutes les classes de la société. Charles ne laissa pas d'enfants et eut pour successeur son frère Jacques II.

CHARLES-ÉDOUARD, dit le Prétendant. V. STUART.

Rois de Suède.

La Suède compte 14 rois du nom de Charles : les règnes des six premiers n'offrant aucun fait historique certain, et leur existence même n'étant point authentique, nous les passerons sous silence.

CHARLES VII, fils de Swerker I, succéda à son père comme roi de Gothie en 1151, et devint roi de toute la Suède en 1161. Il fit la guerre aux habitants de l'Ingrie et de l'Esthonie pour les contraindre à embrasser le Christianisme, fonda beaucoup d'églises et de monastères qu'il dota richement, et obtint du pape l'érection du siége épiscopal d'Upsal; cependant le pouvoir du clergé ayant pris des accroissements excessifs, il allait y mettre un terme, lorsqu'il fut assassiné en 1168 par Canut Ericson, fils de son prédécesseur.

CHARLES VIII, fils de Canut Bonde, ce qui le fait souvent désigner sous le nom de Canutson, descendait du roi Eric IX, dit le Saint. L'union des royaumes de Danemark, de Suède et de Norwége, proclamée à Calmar en 1397 par Marguerite de Waldemar, n'ayant été pour la Suède qu'une source de calamités, fut rompue en 1448, et Charles Canutson fut élu roi de Suède. La Norwége le reconnut en cette qualité l'année suivante; mais ce royaume na tarda pas à lui être enlevé par Christian I d'Oldenbourg, qui le força même quelque temps après d'abandonner le trône de Suède (1457). Charles le reprit bientôt, mais pour le perdre de nouveau. Remis une 3e fois en possession de sa couronne (1467), il la conserva jusqu'à sa mort, en 1470.

CHARLES IX, 4e fils de Gustave Wasa, né en 1550, porta d'abord le titre de duc de Sudermanie. A la mort de son frère aîné, Jean III (1592), il profita de l'absence de l'héritier légitime, Sigismond, son neveu, qui avait été élu roi de Pologne, pour se faire décerner l'administration de l'État, et bientôt après, il se fit proclamer roi (1604). Il avait fait décréter en 1595 que le Luthéranisme serait la seule religion tolérée en Suède. Il eut à combattre les Russes, les vainquit et soumit la Finlande; mais il éprouva des revers dans les guerres qu'il fit aux Polonais et aux Danois. Il fonda Gothenbourg en 1607 et mourut en 1611. Il eut pour successeur son fils, Gustave Adolphe.

CHARLES X OU CHARLES-GUSTAVE, né en 1622, fils de Jean Casimir, prince palatin du Rhin, et de Catherine, fille de Charles IX, monta sur le trône en 1654, après l'abdication de Christine, sa cousine. Il tourna d'abord ses armes contre les Polonais (1655), dont le roi, Jean Casimir, protestait contre son avènement, gagna la célèbre bataille de Varsovie, qui dura trois jours (1656), et s'empara de toute la Pologne en moins de trois mois. L'année suivante, il eut à combattre le roi de Danemark : il soumit rapidement le Holstein, le Slesvig et le Jutland, conduisit son armée sur les glaces du petit Belt, traversa à pied la mer d'île en île, et arriva ainsi dans l'île de Seeland. La terreur se répandit aussitôt dans Copenhague, et Charles, par le traité de Rothschild, se fit céder la Scanie et plusieurs autres provinces qui sont restées depuis à la Suède (1658). Prétextant que le traité n'avait pas été exécuté, Charles, qui ambitionnait l'empire du Nord, reparut bientôt devant Copenhague et livra l'assaut; mais il fut repoussé. Il avait converti le siége en blocus et préparait une nouvelle attaque, lorsqu'il mourut subitement, en 1660, à Gothenbourg.

CHARLES XI, fils de Charles X (Gustave), fut reconnu roi en 1660, n'ayant que cinq ans. Le traité d'Oliva, conclu en 1660 par le conseil de régence, termina la guerre entreprise par Charles X, et assura à la Suède une extension considérable de territoire. Charles commença à gouverner par lui-même en 1672; il s'allia avec Louis XIV, battit en plusieurs rencontres Christian V, roi de Danemark, qui lui avait déclaré la guerre, et le força à lui accorder une paix avantageuse (1679). Déclaré souverain absolu par les États assemblés (1680), il ne s'occupa plus que du soin d'améliorer l'administration intérieure de son royaume. Il mourut en 1697. Ce monarque laissa à son fils un royaume florissant, une armée et une flotte respectables, et un trésor tel que n'en avait jamais possédé aucun souverain du Nord. Il encouragea le commerce, et protégea les sciences, les lettres et les arts : on lui doit la fondation du port de Carlscrona et de l'Université de Lund.

CHARLES XII, fils de Charles XI, né en 1682, monta sur le trône en 1697, n'ayant que quinze ans. Frédéric IV, roi de Danemark, Auguste II, roi de Pologne, Pierre I, czar de Moscovie, se coalisèrent contre ce jeune prince. Charles tourna d'abord ses armes contre le Danemark, alla mettre le siége devant Copenhague, et força Frédéric à signer la paix à Travendahl (août 1700). Il marcha aussitôt contre les Russes qui, au nombre de 60 000 hommes, assiégeaient Narwa, et les battit complètement avec 9000 Suédois (nov. 1700). Après cette bataille, Charles court attaquer Auguste, roi de Pologne, remporte une victoire signalée sur les bords de la Duna (1701), se rend maître de toute la Pologne, détrône Auguste, à la place duquel il met Stanislas Leczinsky, poursuit son ennemi jusque dans ses États de