Page:Boukharine - Lénine marxiste.djvu/29

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mais elle ne renferme pas un mot sur le processus même de la révolution socialiste, sur l’état de choses qui doit suivre la révolution socialiste.

Rétablir exactement la véritable doctrine de Marx, donner une expression concrète à la théorie de la dictature ouvrière, tel était le devoir fondamental des idéologues marxistes, car la question de l’attitude envers le pouvoir étatique a évidemment une importance primordiale. L’attitude révolutionnaire envers la classe ennemie est, en premier lieu, l’attitude envers l’organisation la plus puissante, la plus centralisée et la plus rationnelle de cette classe, son pouvoir d’État. D’autre part, chacun comprend que le principal levier pour la reconstruction de la société sur une base nouvelle, la force qui transforme les rapports de production existants, est un nouveau pouvoir d’État, organisé par la classe ouvrière victorieuse. Il y a là tout un ensemble de questions accessoires, théoriques et pratiques. On les trouve résumées dans L’État et la Révolution.

Mais la doctrine de Lénine n’est pas simplement un retour au point de vue de Marx. C’est une synthèse de l’ancien point de vue marxiste orthodoxe et de la théorie tirée de tout un ensemble de faits nouveaux, avec la prévision de ce que Marx, lui, ne pouvait prévoir. C’est là, je l’ai déjà dit, la question cardinale du mouvement ouvrier révolutionnaire, de la période actuelle, et il faut se garder de sous-estimer la valeur théorique de L’État et la Révolution. Lénine a résolu en même temps la question de la démocratie, que les épigones marxistes, les social-démocrates de la IIe Internationale, avaient érigée en fétiche, en dogme rigide, en la détachant complètement de sa base historique, ce qui les amenait à des conclusions politiques fausses, réactionnaires.

Le pouvoir des soviets est maintenant reconnu de jure, même par nos ennemis les plus acharnés du camp bourgeois. La valeur théorique et pratique de l’idée et de la théorie du pouvoir des soviets est formidable. Il est indéniable que le mot d’ordre du pouvoir des soviets est un des plus populaires dans le monde entier, un de ceux qui unissent et organisent le plus grand nombre d’hommes. Souvenez-vous du moment où Lénine revint en Russie, après de longues années d’émigration, souvenez-vous de l’accueil qui fut fait à ses fameuses thèses d’avril[1], qu’une fraction de notre propre parti considéra presque comme un reniement de l’idéologie marxiste traditionnelle !…[2] Il n’y avait là, évidemment, rien

  1. Les célèbres Thèses d’avril dans lesquelles Lénine, en 1917, renversait la perspective traditionnelle vieux-bolcheviks furent taxées de trotskystes par les opposants sous la direction de Staline-Kamenev tandis que Boukharine les soutenait.
  2. Précisément la Fraction Staline-Molotov surtout. Pour les détails, voir L. Trotsky, La Révolution russe, éd. du Seuil, où un chapitre est consacré aux Thèses d’Avril.