Page:Bourdeau - Tolstoï, Lénine et la Révolution russe.djvu/24

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tout commerce et ne voulait plus recevoir d’argent de ses débiteurs, comme le commande l'Ecriture ; Bon fils avait été emprisonné pour refus du service militaire, toute la famille rejetait l’Église et l’État et menait une vie chrétienne. L’autre paysan, Bondaref, <le la secte des Sabbatistes, exilé quelque temps en Sibérie, était l’auteur d’un livre intitulé : Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front, où il s’indignait du mépris que témoignent à ceux qui travaillent la terre les gens assez riches pour s’en dispenser. Soutaïef et Bondaref inspiraient à Tolstoï autant de sympathie que d’admiration.

Par son tempérament même, bâti à chaux et à sable, Tolstoï éprouve à l’égard des classes paysannes une sorte d’affinité physique. Il ne se fait pas sur elles plus d’illusions que sur les classes riches : n’ont-elles pas les mêmes défauts, les mêmes vices ? Il sait « que le moujik ne vaut pas cher ». Son drame, la Puissance des ténèbres, étale sa profonde corruption morale. Toutefois, il se refuse à ne voir en lui qu’une demi-brute, mue seulement par la sensualité, l’ivrognerie, l’animosité, l’amour du gain. Il connaît un autre aspect de la nature paysanne. Il sait qu’on rencontre aussi, dans les huttes des pauvres, la vraie noblesse de l’âme. Lors de son enquête touchant les ouvriers européens. Le Play portait sur les paysans agriculteurs de la Russie méridionale, parmi lesquels il avait résidé, ce jugement qu’on croirait signé de