Page:Bourdeau - Tolstoï, Lénine et la Révolution russe.djvu/25

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Tolstoï : «Chez eux, la religion n’empêche ni l’intempérance, ni la ruse, ni la fraude, ni bien des vices ; mais elle leur inspire une résignation stoïque dans les souffrances physiques et morales, et, en présence de la mort, une sérénité, une assurance, qui a une véritable grandeur. » Ces millions d’hommes, simples et laborieux, n’ont-ils pas compris le sens de la vie, accompli la volonté divine ? Par un renversement des valeurs sociales, la basse classe devient moralement la plus haute, et Tolstoï prétend lui appartenir ; « En France, écrivait jadis Rostopchine, les cordonniers désirent s’anoblir ; chez nous, les nobles veulent être cordonniers, » Tolstoï se transforme en gentilhomme paysan ; désormais, il ne portera plus que la blouse courte, la ceinture de cuir, la peau de mouton, la longue barbe, les grosses bottes qu’il raccommodera lui-même ; il ne gardera que quinze kopeks dans sa poche, prix du bain public au village, il poussera la charrue, se livrera à tous les travaux des champs.

C’est ainsi qu’il vit au milieu des siens qui ne partagent pas ses convictions, entouré de soins jaloux qui le gênent, obligé de s’asseoir à une table abondamment servie, où il ne se nourrit que de légumes, de laitage et de fruits, servi par des domestiques, contraint de subir les conversations frivoles et le voisinage des dames parées dont il suppute les bijoux et les toilettes, et qu’il incommode parfois, au sortir de