Page:Bourget - Nouveaux Essais de psychologie contemporaine, 1886.djvu/143

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appelé à se développer... Je vis que la société ressemble à la nature... » Balzac, écrivain psychologique par excellence, tira de là une conception nouvelle du caractère, par suite du roman. Étudions dans M. Leconte de Lisle ce que cette idée devient pour un poète. — S’il n’y a vraiment qu’un animal au monde, et si toutes les formes de la vie, emboîtées les unes dans les autres, ne sont que les différents moments d’une même force, nous sommes autorisés à croire qu’il n’y a qu’une seule âme éparse à travers ces formes, et, dans cette hypothèse, les facultés spirituelles qui s’agitent en nous ne sont pas distinctes de celles qui frémissent, plus obscures et plus inconscientes, dans les cerveaux rudimentaires des bêtes inférieures. Il nous est donc loisible de nous représenter par l’imagination les ténébreux songes, les confuses aspirations, le cœur inachevé de ces créatures, dans lesquelles la pensée palpite et se débat, — dormeuse qui soupire après son éveil, Psyché encore et qui s’efforce vers la lumière à travers des organes grossiers ; car c’est ici l’épopée de l’âme à travers la nature, comme tout à l’heure c’était son épopée à travers l’histoire. Le même besoin de songe qui inclinait le poète à reproduire l’une