Page:Bourget - Nouveaux Essais de psychologie contemporaine, 1886.djvu/146

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C’est une métempsycose à rebours et qui nous repose des lassitudes de la pensée réfléchie en nous ramenant à la nuit, déjà traversée, de l’inconscience. C’est pour avoir ressenti et traduit ce farouche retour vers l’existence instinctive que M. Leconte de Lisle est un peintre d’animaux admirable et d’une intuition si saisissante, lui qui les comprend comme un naturaliste, les évoque comme un poète, et s’incarne en eux comme une sorte de Protée moderne par cette double vertu de la science et de la poésie.

En mariant ainsi dans une œuvre d’un caractère de nouveauté incomparable ces deux pouvoirs si souvent dissociés, M. Leconte de Lisle n’a pas seulement créé une nuance de Beauté spéciale ; il a de plus, et c’est bien ce qui le rend si cher aux artistes, résolu le problème qui s’impose le plus impérieusement à nous tous, écrivains de cette époque érudite et réfléchie. Il a su passer de l’idée à l’image, ou, pour parler d’une façon plus ordinaire, de la critique à la création. C’est par la critique, en effet, qu’on le déplore ou non, que l’éducation de tout esprit commence aujourd’hui, puisque le premier enseignement reçu est toujours celui du travail des autres. Pour la plupart d’entre nous, l’analyse