Page:Boutmy - Projet d’une faculté libre des sciences politiques.djvu/9

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cours est philosophique, tel autre historique, et ceux qui sont historiques peuvent prendre leur sujet à des époques très-différentes, ce qui ne permet aucun rapprochement de l’un à l’autre.

Au reste, les professeurs se placent assez volontiers dans le passé. Car, dans ces amphithéâtres ouverts à tout venant, ils n’abordent qu’en tremblant les questions contemporaines ; ils ont peur de ressembler à des orateurs de club. Aussi manque-t-il bien souvent, dans ces enseignements, d’ailleurs brillants et solides, ce qu’il y a de plus indispensable au futur homme d’État : l’écho direct et fidèle des grandes idées modernes, de celles qui mènent ou se préparent à mener le monde.

Enfin, s’il faut tout dire, il n’y a que deux de ces cours, celui de législation pénale comparée à l’École de droit, et celui de législation comparée au Collége de France, qui jettent, et encore bien négligemment, un regard au-delà de nos frontières. Notre science politique, purement française ou latine, ignore volontairement l’Europe moderne et le nouveau monde ; et on peut avoir suivi tous les enseignements qui ont quelque rapport avec l’art de gouverner, sans avoir entendu le nom de Blackstone, sans avoir une idée nette du Zollverein et de son histoire, et sans connaître les négociations qui ont amené en 1856 le traité de Paris.

Toutes ces observations nous conduisent à cette con-