Page:Braddon - Le Secret de lady Audley t2.djvu/168

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rible secret. Je fis d’affreuses réflexions sur la folie de ma mère. Cette idée me poursuivit jour et nuit. Je me représentais toujours la malheureuse folle chargée de chaînes qui meurtrissaient ses membres, enfermée dans quelque cellule et couverte de hideux haillons. Je m’exagérais l’horreur de sa position. Je ne savais rien des différents degrés de la folie, et je m’imaginais qu’une folle, c’était une créature méchante qui me tuerait si je m’approchais d’elle. Cette impression pénible me torturait le cerveau à tel point qu’il m’arriva à plusieurs reprises de m’éveiller la nuit en criant, parce que je rêvais que les mains glacées de ma mère m’avaient saisie à la gorge, et que ses hurlements me déchiraient les oreilles. Lorsque j’atteignis ma dixième année, mon père vint me chercher. Il paya l’arriéré dû à la femme qui me gardait et m’envoya en pension. N’ayant pas d’argent, il m’avait laissée dans le Hampshire plus longtemps qu’il n’aurait voulu. Ici encore la pauvreté me faisait sentir son étreinte. Je courais le risque de rester ignorante parmi ces enfants campagnards et grossiers, parce que mon père était sans fortune. »

Milady s’arrêta pour reprendre haleine. Elle parlait vite. On voyait qu’il lui tardait d’en avoir fini avec cette histoire qui lui était odieuse. Elle était toujours agenouillée et sir Michaël ne cherchait pas à la relever.

Il était immobile sur sa chaise. Quelle était cette histoire qu’il écoutait ?… De qui disait-elle la vie et où aboutirait-elle ?… À coup sûr, ce n’était pas celle de sa femme. Elle lui avait autrefois raconté sa jeunesse, et le récit qu’elle lui avait fait, il y avait cru comme à la parole de l’Évangile. Elle avait été orpheline de bonne heure, et son enfance s’était écoulée dans un pensionnat anglais sans que le moindre événement fût venu troubler le calme de sa vie.