Page:Braddon - Le Secret de lady Audley t2.djvu/31

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La désolation des désolations, — aspect désagréable que présentent toujours des constructions inachevées

— régnait dans les rues nouvelles de Crescent Villas, et Robert perdit quarante minutes à sa montre et quarante-cinq à celle du cocher à monter et à descendre des rues inhabitées, pour trouver les Villas.

Il finit cependant par arriver à destination, et après avoir ordonné au cocher de l’attendre à un endroit désigné, il commença ses recherches.

« Si j’étais un célèbre jurisconsulte, pensait-il, je ne pourrais me permettre pareille chose ; mon temps vaudrait environ une guinée la minute, et j’en serais empêché par la grande affaire de Hoggs contre Boggs qui se juge aujourd’hui devant un jury particulier à Westminster Hall. Mais dans ma position rien ne me défend d’avoir de la patience. »

Il s’informa de mistress Vincent au numéro que M. Dawson lui avait désigné. La servante qui vint ouvrir n’avait jamais entendu le nom de cette dame ; elle alla rendre compte à sa maîtresse, et revint dire à Robert que mistress Vincent avait effectivement habité la maison, mais qu’elle l’avait quittée deux mois avant l’arrivée des nouveaux locataires. Elle ajouta même que sa maîtresse occupait le logement depuis quinze mois.

« Et vous ne pouvez me dire où elle est allée se loger en partant d’ici ? demanda Robert découragé.

— Non, monsieur ; ma maîtresse croit que cette dame fit faillite et qu’elle décampa sans mot dire, ne voulant pas qu’on sût son adresse. »

M. Audley se trouvait de nouveau dérouté. Si mistress Vincent était partie avec des dettes, évidemment elle avait dû cacher avec soin son changement de domicile. Il y avait donc peu d’espoir de savoir son adresse en la demandant aux commerçants, et pourtant il pouvait se faire que quelque créancier rusé se