Page:Brontë - Jane Eyre, II.djvu/204

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par la fenêtre pendant une demi-heure environ. Pardonnez-moi ce rôle d’espion, mais depuis longtemps déjà je ne sais ce que je me suis imaginé ; Saint-John est si extraordinaire ! » Elle s’arrêta ; je ne dis rien ; elle reprit bientôt : « Je suis sûre que mon frère a quelque intention par rapport à vous ; pendant longtemps il vous a témoigné un intérêt dont il n’avait jamais favorisé personne. Dans quel but ? Je voudrais qu’il vous aimât. Vous aime-t-il, Jane ? Dites-le-moi. »

Elle posa sa main froide sur ma tête brûlante.

« Non, Diana, répondis-je, pas le moins du monde.

— Alors pourquoi vous suit-il toujours des yeux ? Pourquoi reste-t-il si souvent seul avec vous ? Pourquoi vous garde-t-il sans cesse près de lui ? Marie et moi nous pensions qu’il désirait vous épouser.

— Il le désire, en effet ; il m’a demandé d’être sa femme. »

Diana frappa des mains.

« C’est justement ce que nous pensions et ce que nous espérions ! s’écria-t-elle. Vous l’épouserez, Jane, n’est-ce pas ? et il restera en Angleterre.

— Bien loin de là, Diana ; son seul désir, en m’épousant, est d’avoir une compagne qui puisse l’aider à accomplir sa mission dans l’Inde.

— Comment ! il désire que vous alliez aux Indes ?

— Oui.

— Quelle folie ! s’écria-t-elle ; je suis bien sûre que vous ne pourriez pas y vivre trois mois. Vous n’irez pas ; vous n’avez pas consenti, n’est-ce pas, Jane ?

— J’ai refusé de l’épouser.

— Et, par conséquent, vous lui avez déplu, ajouta-t-elle.

— Profondément ; je crains qu’il ne me pardonne jamais, et pourtant je lui ai offert de l’accompagner à titre de sœur.

— C’était de la folie à vous, Jane. Pensez quelle tâche vous acceptiez ; quels incessants labeurs dans un pays où la fatigue tue les plus forts, et vous êtes faible ! Vous connaissez Saint-John ; il vous demanderait l’impossible : avec lui, il ne faudrait même pas se reposer pendant les heures les plus chaudes ; et j’ai remarqué que malheureusement vous vous efforciez de faire tout ce qu’il vous demandait. Je suis étonnée que vous ayez eu le courage de refuser sa main. Vous ne l’aimez donc pas, Jane ?

— Non, pas comme mari.

— Cependant il est beau.

— Et moi, Diana, je suis si laide ; nous ne pouvions pas nous convenir.