Page:Brontë - Jane Eyre, II.djvu/50

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— Elle y a consenti ; elle me l’a promis.

— Mais vous ne pourrez pas l’emmener là-haut, il n’y a pas de chemin pour aller dans la lune ; il n’y a que l’air, et ni elle ni vous ne savez voler.

— Adèle, regardez ce champ. »

Nous avions dépassé les postes de Thornfield et nous roulions légèrement sur la belle route de Millcote ; la poussière avait été abattue par l’orage ; les baies vives et les grands arbres, rafraîchis par la pluie, verdissaient de chaque côté.

« Il y a à peu près quinze jours, Adèle, dit M. Rochester, je me promenais dans ce champ, le soir du jour où vous m’aviez aidé à faire du foin dans les prairies du verger. Comme j’étais fatigué d’avoir ramassé de l’herbe, je m’assis sur les marches que vous voyez là ; je pris un crayon et un petit cahier, puis je me mis à écrire un malheur qui m’était arrivé il y a longtemps, et à désirer des jours meilleurs. J’écrivais rapidement, malgré l’obscurité croissante, quand je vis quelque chose s’avancer dans le sentier et s’arrêter à deux mètres de moi. Je levai les yeux, et j’aperçus une petite créature, portant sur la tête un voile fait avec les fils de la vierge. Je lui fis signe d’approcher ; elle fut bientôt tout près de moi ; je ne lui parlai pas, et elle ne me parla pas, mais elle lut dans mes yeux, et moi dans les siens. Voici le résultat de notre entretien muet.

« C’était une fée venue du pays des Elfes, et son voyage avait pour but de me rendre heureux ; je devais quitter le monde et me retirer avec elle dans un lieu solitaire, comme la lune, par exemple, et avec sa tête elle m’indiquait le croissant argenté qui se levait au-dessus des montagnes ; elle m’apprit que là-haut il y avait des cavernes d’albâtre et des vallées d’argent où nous pourrions demeurer. Je lui dis que j’aimerais bien à y aller, mais je lui fis remarquer que je n’avais pas d’ailes pour voler. « Oh ! répondit la fée, peu importe ; voilà un talisman qui lèvera toutes les difficultés. » Et elle me montra un bel anneau d’or. « Mettez-le, me dit-elle, sur le quatrième doigt de votre main gauche, et je serai à vous et vous serez à moi ; nous quitterons la terre ensemble, et nous ferons notre ciel là-haut. » Et elle indiqua de nouveau la lune. Adèle, l’anneau est dans ma poche, déguisé en une pièce d’or ; mais bientôt je lui rendrai sa véritable forme.

— Mais qu’est-ce que mademoiselle a à faire avec cette histoire ? Peu m’importe la fée ; vous m’avez dit que vous vouliez emmener mademoiselle dans la lune.

— Mademoiselle est une fée, ajouta-t-il mystérieusement.