Page:Buffault - Étude sur la côte et les dunes du Médoc.djvu/23

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Par-dessus le plateau d’argile, après le retrait de la Gironde, s’est déposa le sable des landes. Ce sable, nous l’avons dit, s’est à la longue aggloméré en une sorte de grès, dit alios, plus ou moins dur, coloré par des matières organiques et ferrugineuses en brun rouge foncé parfois jusqu’au noir. Si cet alios peut avoir son origine dès la fin de l’âge tertiaire, sa formation n’a pas cessé pour cela, elle a lieu de nos jours encore. Il est facile de le constater au pied des dunes littorales de la côte de Grayan, de Vensac et de Montalivet, où les sables ne sont pas dérangés comme ailleurs par des travaux de défense. En suivant la falaise sableuse (vers le kilomètre 8, par exemple) du haut en bas, on trouve après le sable mobile et blanc de la dune, un sable gris aggloméré mais n’ayant de tenue qu’à la surface, au-dessous un sable jaune agrégé plus fortement et plus profondément, enfin, en dessous encore, de l’alios véritable, dur, brun foncé, à la face supérieure duquel coulent des eaux ferrugineuses et bourbeuses. (Ces eaux suintent souvent aussi entre l’alios et l’argile du dessous). Cet alios est l’alios d’origine ancienne, le premier formé, les sables agglutinés qui sont au-dessus sont des alios en voie de création dont le plus récent est tout en haut de la série.

Dans certaines lèdes littorales, où la végétation est installée, où les eaux de pluie ou autres séjournent, le sable se prend aussi en alios brun, rouilleux.

Comment se forme donc l’alios ? L’explication ta plus obvie, celle de M. Faye, est que les grains de sable s’agglutinent entre eux sous l’influence de l’eau qui entraîne à travers la masse des matières organiques et ferrugineuses formant ciment et de l’air qui assèche. Cette théorie nous parait satisfaisante et conforme aux faits observés. Certains, s’appuyant sur les théories de M, Schlœsing relatives à la coagulation des limons, pensent cependant qu’une action chimique intervient dans la formation de l’alios. Cette action chimique consisterait dans la réaction des sels de fer sur l’aggrégat formé par le sable et par la matière organique et qui constitue le sol. Le précipité né de cette réaction serait l’alios dans lequel en effet on trouve le sable mélangé au fer et aux matières organiques.

Le banc d’alios qui affleure sur les côtes du Médoc a une épaisseur variant de 0m50 à 1m20. À sa partie supérieure se trouvent des débris de végétaux, notamment des racines de bruyère ; ce qui prouve que cet alios, comme l’argile qui le supporte, a constitué des sols primitifs, c’est-à-dire antérieurs à la formation des dunes et au sol actuel et que la végétation qui y était installée était à peu près celle de nos landes d’aujourd’hui. L’alios ne se trouve pas en couche uniforme sous tout le Médoc. Il mangue par exemple à Soulac, et l’argile déposée en cet endroit par l’ancienne Gironde a pu constituer longtemps le sol du pays et recevoir les vestiges d’habitation qu’elle nous a conservés. L’alios manque aussi à St-Isidore. Même là où il forme des bancs étendus, il est fissuré, coupé et son imperméabilité est seulement