Page:Buffon - Œuvres complètes, éd. Lanessan, 1884, tome III.djvu/311

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

et ce sont sans doute ces hautes montagnes des Pyrénées et des Alpes qui renferment les mines primordiales d’or et d’argent, dont on trouve les débris en paillettes dans les eaux qui en découlent ; toutes les mines de seconde formation sont dans les lieux inférieurs au pied de ces montagnes, et dans les collines formées originairement par le mouvement et le dépôt des eaux du vieil Océan.

Les mines d’argent qui nous sont les mieux connues en Europe sont celles de l’Allemagne ; il y en a plusieurs que l’on exploite depuis très longtemps, et l’on en découvre assez fréquemment de nouvelles. M. de Justi, savant minéralogiste, dit en avoir trouvé six en 1751, dont deux sont fort riches, et sont situées sur les frontières de la Styrie[1]. Selon lui, ces mines sont mêlées de substances calcaires en grande quantité, et cependant il assure qu’elles ne perdent rien de leur poids lorsqu’elles sont grillées par le feu, et qu’il ne s’en élève pas la moindre fumée ou vapeur pendant la calcination : ces assertions sont difficiles à concilier ; car il est certain que toute substance calcaire perd beaucoup de son poids lorsqu’elle est calcinée, et que par conséquent cette mine d’Annaberg, dont parle M. de Justi, doit perdre en poids à proportion de ce qu’elle contient de substance calcaire. Ce savant minéralogiste assure qu’il existe un très grand nombre de mines d’argent minéralisé par l’alcali, mais cette opinion doit être interprétée, car l’alcali seul ne pourrait opérer cet effet ; tandis que le foie de soufre, c’est-à-dire les principes du soufre réunis à l’alcali peuvent le produire ; et, comme M. de Justi ne parle pas du foie de soufre, mais de l’alcali simple, ses expériences ne me paraissent pas concluantes ; car l’alcali minéral seul n’a aucune action sur l’argent en masse : et nous pouvons très bien entendre la formation de la mine blanche de Schemnitz par l’intermède du foie de soufre : la nature ne paraît donc pas avoir fait cette opération de la manière dont le prétend M. de Justi[2] ;

    au-dessus de Zillis. Mémoires de M. Guettard, dans ceux de l’Académie des sciences, année 1752, p. 323. — On a découvert, en creusant le bassin de Kriembach, qu’une pierre bleuâtre renfermait de l’argent… Il y a aussi de l’argent dans le canton d’Underwald… Les environs de Bex et du lac Léman renferment des veines d’argent. Idem, p. 333 et 336.

  1. « La plus riche ressemble à une pierre brune tirant sur le rouge, et l’autre ressemble à une pierre blanche, et se trouve près d’Annaberg : cette pierre blanche ne paraît être qu’une pierre calcaire ; l’eau agit sur elle, après avoir été calcinée, comme sur une pierre à chaux, et elle ne contient ni soufre, ni arsenic, ni aucun métal ; l’on n’y aperçoit que l’argent sous une forme métallique au moyen d’une loupe… Dès le commencement, elle rendait une, deux et trois livres d’argent par quintal ; à peine les ouvriers eurent-ils creusé à une brasse et demie de profondeur, que la mine rendait jusqu’à vingt-quatre marcs par quintal… On y rencontre même des morceaux de mines d’argent blanches et rouges, et il se trouve aussi de l’argent massif. » Nouvelles vérités à l’avantage de la physique, par M. de Justi ; Journal étranger, octobre 1754.
  2. Cette mine est extrêmement riche, car la mine commune contient ordinairement trois, quatre, jusqu’à six marcs d’argent par quintal ; la bonne en rend jusqu’à vingt marcs, et l’on en tire encore davantage de quelques morceaux : on a même trouvé à cette mine d’Annaberg des masses d’argent natif du poids de plusieurs livres… M. de Justi prétend que tout ce qui n’est pas d’argent natif dans cette mine a été minéralisé par un sel alcalin, et voici ses preuves :

    Les plus riches morceaux de la mine sont toujours ceux qui, tirant sur le blanc, sont mous et cassants, qui paraissent composés partout de parties homogènes, et dans lesquels ni la simple vue ni le secours du microscope ne font apercevoir aucune particule d’argent sensible. Il faut donc que l’argent y soit mêlé intimement avec une substance qui le prive de sa forme métallique, et, comme il n’y a dans cette mine ni soufre ni arsenic, mes expériences démontreront que ce ne peut être que l’alcali minéral.

    Dans les parties de la mine qui sont moins riches, la dureté de la matière est à peu près égale à celle du marbre commun, et l’on y voit des parcelles d’argent dans leur forme de métal… Et ce qui démontre que cette mine riche et molle a été véritablement produite par