Page:Buffon - Œuvres complètes, éd. Lanessan, 1884, tome IV, Partie 2.djvu/457

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Indes orientales et le bison d’Amérique ne feraient tous qu’une seule et même espèce. On voit, par les expériences de M. de la Nux, que la bosse ne fait point un caractère essentiel, puisqu’elle disparaît après quelques générations ; et d’ailleurs j’ai reconnu moi-même, par une autre observation, que cette bosse ou loupe que l’on voit au chameau comme au bison est un caractère qui, quoique ordinaire, n’est pas constant, et doit être regardé comme une différence accidentelle dépendante peut-être de l’embonpoint du corps ; car j’ai vu un chameau maigre et malade qui n’avait pas même l’apparence de la bosse. L’autre caractère du bison d’Amérique, qui est d’avoir le poil plus long et bien plus doux que celui de notre bœuf, paraît encore n’être qu’une différence qui pourrait venir de l’influence du climat, comme on le voit dans nos chèvres, nos chats et nos lapins, lorsqu’on les compare aux chèvres, aux chats et aux lapins d’Angora, qui, quoique très différents par le poil, sont cependant de la même espèce : on pourrait donc imaginer, avec quelque sorte de vraisemblance (surtout si le bison d’Amérique produisait avec nos vaches d’Europe), que notre bœuf aurait autrefois passé par les terres du nord contiguës à celles de l’Amérique septentrionale, et qu’ensuite ayant descendu dans les régions tempérées de ce nouveau monde, il aurait pris avec le temps les impressions du climat, et de bœuf serait devenu bison. Mais jusqu’à ce que le fait essentiel, c’est-à-dire la faculté de produire ensemble, en soit connu, nous nous croyons en droit de dire que notre bœuf est un animal appartenant à l’ancien continent, et qu’il n’existait pas dans le nouveau avant d’y avoir été transporté.

Il y avait encore moins de brebis[1] que de bœufs en Amérique ; elles y ont été transportées d’Europe, et elles ont réussi dans tous les climats chauds et tempérés de ce nouveau continent ; mais quoiqu’elles y[2] soient assez prolifiques, elles y sont communément plus maigres, et les moutons ont, en général, la chair moins succulente et moins tendre qu’en Europe ; le climat du Brésil est apparemment celui qui leur convient le mieux, car c’est le seul du nouveau monde où ils deviennent excessivement gras[3]. L’on a transporté à la Jamaïque non seulement des brebis d’Europe, mais aussi des moutons[4] de Guinée qui y ont également réussi ; ces deux espèces, qui nous paraissent être différentes l’une de l’autre, appartiennent également et uniquement à l’ancien continent.

Il en est des chèvres comme des brebis : elles n’existaient point en Amérique, et celles qu’on y trouve aujourd’hui, et qui y sont en grand nombre, viennent toutes des chèvres qui y ont été transportées d’Europe. Elles ne se

  1. Voyez l’Histoire des Incas. Paris, 1744, t. II, p. 322.
  2. Voyez l’Histoire du Brésil, par Pison et Marcgrave.
  3. Voyez l’Histoire du nouveau monde, par Jean de Laet. Leyde, 1640, liv. xv, chap. xv.
  4. Ovis Guineensis seu Angolensis. Marcgravii, lib. vi, cap. x. Ray, Synopsis, p. 75. Voyez l’Histoire de la Jamaïque, par Hans-Sloane. Londres, 1707, vol. I, p. 73 de l’Introduction.