Page:Buffon - Œuvres complètes, éd. Lanessan, 1884, tome IV, Partie 2.djvu/460

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Domingue de petits animaux appelés gosqués, semblables à de petits chiens ; mais il n’y avait point de chiens semblables à ceux d’Europe, dit Garcilasso, et il ajoute[1] que les chiens d’Europe qu’on avait transportés à Cuba et à Saint-Domingue, étant devenus sauvages, diminuèrent dans ces îles la quantité du bétail aussi devenu sauvage, que ces chiens marchent par troupes de dix ou douze et sont aussi méchants que des loups. Il n’y avait pas de vrais chiens aux Indes occidentales, dit Joseph Acosta[2], mais seulement des animaux semblables à de petits chiens qu’au Pérou ils appelaient alcos, et ces alcos s’attachent à leurs maîtres et ont à peu près aussi le naturel du chien. Si l’on en croit le P. Charlevoix[3], qui sur cet article ne cite pas ses garants, « les gochis de Saint-Domingue étaient de petits chiens muets qui servaient d’amusement aux dames[4] ; on s’en servait aussi à la chasse pour éventer d’autres animaux ; ils étaient bons[5] à manger, et furent d’une grande ressource dans les premières famines que les Espagnols essuyèrent : l’espèce aurait manqué dans l’île, si on n’y en avait pas apporté de plusieurs endroits du continent. Il y en avait de plusieurs sortes : les uns avaient la peau tout à fait lisse, d’autres avaient tout le corps couvert d’une laine fort douce : le plus grand nombre n’avait qu’une espèce de duvet fort tendre et fort rare ; la même variété de couleurs qui se voit parmi nos chiens se rencontrait aussi dans ceux-là, et plus grande encore, parce que toutes les couleurs s’y trouvaient, et même les plus vives. » Si l’espèce des goschis a jamais existé avec ces singularités que lui attribue le P. Charlevoix, pourquoi les autres auteurs n’en font-ils pas mention ? et pourquoi ces animaux qui, selon lui, étaient répandus non seulement dans l’île de Saint-Domingue, mais en plusieurs endroits du continent, ne subsistent-ils plus aujourd’hui ? ou plutôt, s’ils subsistent, comment ont-ils perdu toutes ces belles singularités ? Il est vraisemblable que le goschis du P. Charlevoix, dont il dit n’avoir trouvé le nom que dans le P. Pers, est le gosqués de Garcilasso ; il se peut aussi que le gosqués de Saint-Domingue et l’alco du Pérou ne soient que le même animal, et il paraît certain que cet animal est celui de l’Amérique qui a le plus de rapport avec le chien d’Europe. Quelques auteurs l’ont regardé comme un vrai chien : Jean de Læt[6] dit expressément que, dans le temps de la découverte des Indes, il y avait à Saint-Domingue une petite espèce de chiens dont on se servait pour la chasse, mais qui étaient absolument muets. Nous

  1. Voyez l’Histoire des Incas. Paris, 1744, t. II, p. 322 et suiv.
  2. Voyez l’Histoire naturelle des Indes, par Joseph Acosta, p. 46 et suiv. Voyez aussi Histoire du nouveau monde, par Jean de Laet. Leyde, 1640, liv. x, chap. v.
  3. Voyez l’Histoire de l’isle Saint-Domingue, par le Père Charlevoix. Paris, t. ier, p. 35 et suiv.
  4. Y avait-il des dames à Saint-Domingue lorsqu’on en fit la découverte ?
  5. La chair du chien n’est pas bonne à manger.
  6. Voyez l’Histoire du nouveau monde, par Jean de Læt, liv. xv, chap. xv.