Page:Buies - Anglicismes et canadianismes, 1888.djvu/13

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assez ; toutes ces majuscules sont aussi grotesques que prétentieuses, et je trouve bien plus illustrissime celui qui l’est avec un petit i qui ne cherche pas à vous tirer l’œil, qu’avec un grand I qui vous écrase de toute sa hauteur.


Et que dire du féminin ? Oh ! le féminin, quel rôle immense il joue chez le peuple canadien, évidemment le peuple le plus galant de l’univers ! Non seulement il nous empoigne par les fibres les plus intimes de notre être, mais il nous empoigne encore par la langue dans presque tout ce que nous disons, et par les doigts à chaque mot que nous écrivons. C’est comme de la virgule ; on en est envahi, entortillé, enlacé. Dans la prose commune des journaux, on met des virgules à peu près partout, excepté, bien entendu, là où l’on devrait les mettre. Par exemple, on se gardera bien de séparer par des virgules une phrase incidente d’une phrase principale, mais on séparera invariablement un sujet de son verbe. Ainsi, vous lirez presque toujours « monsieur un tel, a fait ceci ou cela ; » c’est : comme si l’on écrivait : Je, vous prie…

Il parait qu’il n’y a pas de remède à cette démangeaison de la virgule. C’est aussi invétéré que « une belle hôtel, de la bonne argent, une grande escalier, une grosse oreiller, une large intervalle,