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VOYAGES

sais pas au juste comment je revins de la malle ce jour-là : ma pauvre tête avait été si bouleversée depuis deux jours que je la sentais rapidement gagnée par la folie. Évidemment j’étais abandonné par tout le monde ; je n’avais plus un ami et l’on avait vite oublié l’absent qui ne devait plus revenir : « Puisqu’il est parti, c’est son affaire, ce n’est pas à nous de le tirer d’embarras ; » c’était là sans doute ce que l’on disait de moi…… La souffrance rend injuste ; j’oubliais en ce moment que j’avais laissé derrière moi des amis qui ne m’eûssent jamais fait défaut dans aucune circonstance de la vie ; à l’heure même où la perte de toute espérance allait peut-être me porter le coup fatal, eux songeaient au meilleur moyen de me faire parvenir mon argent sans retard, et ils n’avaient pu le trouver qu’avec beaucoup de peine, comme on va le voir.


V.


Il y a aux États-Unis un système de mandats par télégraphe analogue au système de mandats que nous avons sur la poste. Il suffit de déposer à un bureau de télégraphe telle somme à destination de tel endroit pour que le destinataire la touche une heure après ; mais ce genre d’opération ne se fait point entre les États-Unis et le Canada ; je l’ignorais encore, on ne m’en avait pas prévenu, et