Page:Buies - Le Saguenay et le bassin du Lac St-Jean, 1896.djvu/297

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uni et qui s’étend au loin, formant un contraste étrange avec la campagne partout accidentée et profondément convulsionnée que l’on a sous les yeux. Ce plateau domine toutes les hauteurs ; mais si l’on avance encore un peu plus loin seulement, on admire en revanche à sa droite une large vallée qui se déploie jusqu’aux bords du Lac, en se couvrant d’une riche fourrure d’herbes, de pâturages abondants et de frênes et d’ormes au feuillage intense.


V


Le voisinage du lac, dont l’âpre senteur arrive au loin, du lac qu’on aperçoit encore à travers les éclaircies subites, longtemps après qu’on s’en est éloigné, et dont on entend confusément le murmure irrité quand il se gonfle sous le vent de nord-ouest, donne à la nature du canton Signaï un caractère et une saveur dont on se sent bientôt pénétré sans pouvoir en saisir immédiatement la cause. Le même phénomène qui se produit aux environs de la mer se manifeste ici : il y a comme une espèce de sensation magnétique qui avertit de la proximité d’une grande masse d’eau sur laquelle les vents jouent en liberté : l’air est plus pur, plus vivifiant, plus sonore : il s’emplit de plus de vibrations, et l’âme en reçoit comme une impression d’éveil et d’accroissement de vitalité dont il est impossible de ne pas reconnaître l’origine et le caractère. Le lac Saint-Jean, du reste, a son influence et des effets