Page:Buies - Le Saguenay et le bassin du Lac St-Jean, 1896.djvu/358

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et devant eux, et pendant que tout le monde, ou à peu près, les accusait de vouloir uniquement atteindre, pour les exploiter, les riches forêts qui enveloppent chaque versant des Laurentides, eux, tranquillement, sourds aux commérages, avançaient toujours en tournant les montagnes, traversaient bientôt la chaîne entière, cette chaîne tumultueuse dont on peut contempler de la capitale l’énorme marée de monts et de caps s’échafauder et s’exhausser indéfiniment vers l’horizon lointain. Bientôt même, et pour ainsi dire silencieusement, ils avaient laissé loin, bien loin derrière eux, les derniers contreforts de la chaîne, et toujours comme en se glissant, ils avaient atteint le lac Édouard, plus d’à moitié chemin entre Québec et le lac fameux qui, jusqu’alors, n’avait été qu’une légende. Un an plus tard, la « légende » elle-même était atteinte, et les rives silencieuses, les rives encore si sauvages, si désertes du lac Saint-Jean entendaient le cri triomphant de la locomotive.

Et maintenant, cette locomotive avec les wagons qu’elle traîne à sa suite, comme des captifs enchaînés les uns aux autres, fait retentir ses bruyants appels jusqu’au port de Chicoutimi, à soixante milles à l’est du lac Saint-Jean, en attendant qu’elle les fasse entendre du côté ouest, jusqu’à la rivière Mistassini, et plus tard à la Péribonca, embrassant ainsi, dans un vaste circuit, toute la région du nord qui s’étend jusqu’à cent cinquante milles en arrière des Laurentides.