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québec en 1900

soixante milles du lac Saint-Jean, de sorte que nous aurons maintenant un circuit non interrompu de près de cinq cents milles de développement. Ce circuit, partant de Québec reviendra s’y terminer, après avoir embrassé toute la région du nord qui s’étend jusqu’à plus de 150 milles en arrière des Laurentides.

Le voyageur pressé, qui n’ira au Lac ou à Chicoutimi que pour des affaires urgentes, pour faire de la collection, par exemple, ce qui est toujours urgent, pourra prendre le train du matin à Québec, coucher à Roberval, continuer le lendemain matin à Chicoutimi, y palper son débiteur, le retourner deux ou trois fois sur le gril, le sentir frémir sous sa griffe, après quoi il prendra le bateau et sera de retour à Québec le surlendemain de son départ, après avoir décrit un cercle immense, comme l’aigle décrit dans les nues des cercles concentriques avant de fondre sur sa proie.

Généralement, dans ce pays-ci, quand on construit un petit embranchement de cinq à dix milles de longueur, on fait un tapage infernal. Toute la députation est assaillie à la fois et l’on met le couteau sur la gorge à chacun des ministres. Les directeurs de la Cie du Lac Saint-Jean procédaient, eux, comme entourés d’une sorte de mystère. On eût dit des conspirateurs. Ils ne donnaient signe de vie que de loin en loin, quand la ligne avait franchi une étape nouvelle, et ces étapes n’étaient jamais de moins de vingt-cinq à trente milles. Nous ne sommes pas habitués, nous, électeurs et payeurs, à un travail aussi opiniâtre et aussi modeste