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québec en 1900

cinquante mille dollars sur la table d’un des directeurs actuels, mais tout fut inutile. Le boodlage, qui se révélait déjà à cette époque récente par de gigantesques opérations, vint se heurter à la porte de la Compagnie du Chemin de fer du Lac Saint-Jean. Pas un des directeurs ne se laissa entamer et aucun d’eux même, depuis plus de quinze ans que les bases de l’entreprise ont été jetées, n’a reçu un centin de dividende ; je dirai plus : quelques-uns même y ont tout sacrifié, et si les travaux ont pu être portés au point où ils en sont aujourd’hui, c’est à force d’économie, de détermination et, particulièrement, grâce à la présence, au milieu des directeurs, d’un millionnaire qui a avancé tous les fonds nécessaires pendant un bon nombre d’années. Et nous pouvons ajouter, entre parenthèses, que si toutes les compagnies de chemins de fer, qui reçoivent des subsides des gouvernements, les dépensaient avec autant d’honnêteté et de scrupule que la compagnie du Lac Saint-Jean a dépensé les siens, nous aurions aujourd’hui le double de lignes en activité.

Mais lorsque les travaux furent parvenus au lac Édouard, les langues commencèrent enfin à rentrer et les yeux à s’ouvrir. On se demanda si réellement la Compagnie était sérieuse, et il y en eut qui lui en voulurent d’être sérieuse, parce que cela enterrait leurs prédications et leur donnait un démenti cruel.

Maintenant, il n’y a plus place aux vaines paroles. La construction du chemin de fer du Lac Saint-Jean a été une leçon immense pour nous, Québecquois.