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LA DIRECTION DE L’ŒUVRE PROUDHONIENNE
ET LE CAS HALÉVY


Un article de M. Daniel Halévy. — une lettre de M. Georges Sorel.
M. Daniel Halévy et Dreyfus.


Nos lecteurs connaissent par les résumés que nous en avons donnés les discussions passionnées qu’a provoquées la fondation du Cercle Proudhon. Ils se rappellent les cris d’horreur et les protestations indignées qui nous vinrent de quelques socialistes et de syndicalistes de bibliothèque, qui nous accusaient de profaner la mémoire de Proudhon. Nous avons reproduit quelques-unes de ces gracieuses sottises, afin d’apporter un peu de gaieté dans un recueil dont le ton est sévère, et surtout pour montrer combien nous avions raison en affirmant que la partie saine, organisatrice, du socialisme français au XIXe siècle est issue la tradition classique française et doit y retourner. L’œuvre de Proudhon en porte témoignage, et c’est par elle que nous entreprenions de raccorder en nous et autour de nous deux traditions disjointes pendant un siècle. Nos adversaires ne se souciaient que de conserver le nom de Proudhon dans leur pandémonium, et étouffaient systématiquement son œuvre. Leur colère devant notre fondation est venue de ce que nous rappelions l’attention des Français sur l’œuvre proudhonienne : la confiscation de Proudhon était ainsi rendue impossible ; par nous la France reprenait Proudhon à l’Internationale judéo-maçonnique.

La discussion est maintenant close. La publication faite par Henri Lagrange[1] des grandes pages de critique littéraire où Proudhon dénonça la décomposition romantique a définitivement réduit au silence les fossoyeurs de l’œuvre proudhonienne. Devant cette résurrection authentique du rude écrivain franc-comtois, faite par les soins de notre ami, il fallut avouer que Proudhon appartenait bien par sa chair, son sang et son esprit, à la vieille France. On n’osera plus désormais le représenter sous une défroque anarchiste ; on essaiera seulement d’utiliser contre nous ses contradictions. Ici encore, c’est nous qui aurons raison. Quelle est la direction de l’œuvre prou-

  1. P.-J. Proudhon, Les Femmelins. Les grandes figures romantiques : J.-J. Rousseau, Béranger, Lamartine, Mme Roland, Mme de Staël, Mme Necker de Saussure, George Sand. Un vol. in-16 de la Collection du Cercle Proudhon. Nouvelle Librairie nationale (108 p.), 1 fr.