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À OUTRAGE SECRET VENGEANCE SECRÈTE



JOURNÉE DEUXIÈME.


Scène I.

Une chambre dans la maison de don Lope.
Entrent MANRIQUE et SYRÈNE.

manrique.

Syrène de mes entrailles, qui es, pour mon malheur, une vraie syrène, puisque tu charmes et tu abuses, reviens enfin de cette rigueur avec laquelle tu traites mes hommages ; car un modeste valet n’est pas à l’abri des flèches de l’amour. Accorde-moi de ta main une faveur.


syrène.

Que puis-je te donner ?


manrique.

Tu pourrais me donner bien des choses, si tu voulais ; mais je demande seulement de ta bonté, cette faveur de couleur verte qui fait de toi la dame de la Rosette ou l’écureuse de la Toison[1].


syrène.

Tu demandes un ruban ?


manrique.

Oui.


syrène.

Mais le temps est passé où un galant se contentait d’un ruban.


manrique.

Il est vrai ; mais si j’obtenais celui que j’implore, tu verrais comme je serais par lui inspiré ; les bons mots, les reparties, les plaisanteries couleraient de mon esprit comme de source, et je composerais aujourd’hui même mille cent et un sonnets en ton honneur.


syrène.

Pour me voir à ce point ensonnettée je te le donne[2]. — Mais va-t’en, voici ma maîtresse.

Manriqne sort.
  1. Por Dama de la lazada
    O fregona del Tuson.

    La plaisanterie de Manrique porte d’abord sur dama, dame, et fregona, écureuse de vaisselle : — ensuite sur le triple sens du mot lazada, qui signifie : 1o rosette, 2o piège, embuche, 3o entrelacement formé par les danseurs ; — ensuite sur le mot tuson, qui signifie à la fois la laine des moulons et un jeune poulain. Mais nous avouons ingénument que nous n’avons pu réussir à comprendre la malice cachée sous ce dernier mot.

  2. Le traducteur a forgé le mot ensonnettée pour rendre celui de soneteada, fabriqué par Calderon.