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AIMER APRÈS LA MORT.

pouvait être, et j’ai trouvé ce chien qui était là en observation. Pensant que c’était un espion, je l’ai attaché avec la corde de mon mousquet, et je vous l’apporte afin qu’il vous dise, ou mieux, qu’il vous aboie ce qui se passe.

don lope.

Voilà, vive Dieu ! ce que j’appelle un soldat. Est-ce que par ici ils sont tous taillés sur ce patron ?

garcès.

Est-ce que, par hasard, votre seigneurie s’imaginait que tous les bons soldats étaient en Flandre ?

alcouzcouz, à part.

Ah ! ça aller mal, pauvre Alcouzcouz ; votre gosier sentir la corde.

don juan, à Garcès.

Je vous connaissais déjà, mon ami. Ce n’est pas la première fois que je vous vois faire des traits de ce genre.

garcès, à part.

Un compliment pour récompense ! cela est commode, et cela ne ruine pas les princes.

don juan.

Venez ici, vous.

alcouzcouz.

Vous, parler à moi ?

don juan.

Oui.

alcouzcouz.

Moi pas mériter tant d’honneur… moi très-bien ici.

don juan.

Qui êtes-vous ?

alcouzcouz, à part.

Ici la malice être nécessaire. (Haut.) Alcouzcouz, un pauvre Morisque amené par force dans l’Alpujarrot[1], un vrai et bon crétin au fond du cœur, savoir la sainte éternité des crétins, le Credo et le Salve regina, le pain quotidien et les quatorze commandemens de l’Église. Parce que moi dire que moi être crétin, les autres me vouloir tuer ; moi m’enfuir, et, en fuyant, moi tomber dans les mains de ce soldat. Si vous me donner la vie, moi dire à vous tous les secrets de la montagne, et vous mener en un lieu où vous entrerez sans résistance.

don juan.

Le drôle ment sans doute… mais enfin, il n’est pas non plus impossible qu’il dise la vérité.

  1. Alcouzcouz écorche tous les noms :

    … Un Morisquilio,
    A quien llevaron per fuerza
    Al Alpujarro…