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JOURNÉE II, SCÈNE I.


mendoce.

Il est certain qu’il se trouve parmi eux beaucoup de chrétiens. Pour moi, je sais une dame qu’ils ont emmenée par force.


don juan.

Alors, sans le croire en tout, nous pouvons lui accorder une certaine confiance. — Que Garcès le garde prisonnier.


garcès.

J’en rendrai bon compte, monseigneur.


don juan.

Nous verrons bientôt s’il nous trompe ou non. — Don Lope, allons parcourir les quartiers, et nous déciderons de quel côté nous devons commencer le siège.


mendoce.

En effet, cela est essentiel ; cette guerre a plus d’importance qu’elle ne paraît en avoir ; car il est des entreprises — comme celle-ci, par exemple, — où il n’y a pas grand honneur à réussir, tandis qu’il y a une grande honte à échouer, et l’on doit les conduire avec une extrême prudence, moins encore pour obtenir des succès que pour ne point éprouver de revers.

Ils sortent. Restent Garcè et Alcouzcouz.

garcès.

Comment t’appelles-tu ?


alcouzcouz.

Moi me nommer Riz ; moi étant chez les Mores Alcouzcouz, devoir être Riz chez les crétins ; car moi de potage morisque être devenu potage espagnol.


garcès.

Alcouzcouz, tu es mon esclave. Dis-moi donc la vérité.


alcouzcouz.

Volontiers.


garcès.

N’as-tu pas dit au seigneur don Juan d’Autriche…


alcouzcouz.

Quoi ! c’était celui qui était là tout-à-l’heure ?


garcès.

Que tu le mènerais dans les montagnes par des passages sûrs ?


alcouzcouz.

Oui, maître.


garcès.

Don Juan d’Autriche a, pour vous assujettir, les marquis de los Vélez et de Mondéjar, don Sanche d’Avila et don Lope de Figueroa ; mais je voudrais bien que l’on me dût, à moi seul, l’entrée de ces montagnes. Conduis-moi donc, afin que je l’examine et la reconnaisse.


alcouzcouz, à part.

Moi mettre dedans ce brave crétin et m’en retourner dans l’Alpujarra. (Haut.) Venez avec moi.