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AIMER APRÈS LA MORT.

don alvar.

Tout ce que je puis l’offrir est indigne de toi, car rien au monde n’égale ton divin éclat. Aussi en te donnant des diamans, à toi qui es le soleil de ma vie, je ne fais que te rendre ce qui t’appartient. — Voici un Cupidon armé de ses flèches : même formé de diamans, Cupidon cède toujours à ton pouvoir. Les perles qui composent ce collier sont, dit-on, des larmes de l’Aurore : en le voyant, l’Aurore donnerait de nouvelles perles, parce que, jalouse de toi, elle en verserait des larmes. Cet aigle d’émeraudes qui, par sa couleur, indique mon espérance, le regardera d’un œil timide, se rappelant que l’aigle seul a le droit de regarder fixement le soleil. Cette chaîne de rubis servira à retenir les cheveux : pour moi je n’en ai plus besoin ; j’ai désormais enchaîné la fortune. Enfin ce souvenir… mais non, ne l’accepte pas ; car tu conserveras, j’espère, le souvenir de Tuzani sans que lui-même le demande.

clara.

J’accepte les arrhes, Tuzani ; et, reconnaissante de ton amour, je te promets de les garder jusqu’à la mort.

isabelle.

Et moi, je vous fais mon compliment à tous deux sur cette union. (À part.) Hélas ! elle augmente encore mon déplaisir.

malec.

Allons, unissez vos mains comme vos âmes sont unies..

don alvar, à Clara.

Laisse-moi me mettre à tes pieds.

clara.

Non, laisse-moi sur ton cœur.

don alvar.

Ô bonheur !

clara.

Ô joie !

Au moment où ils unissent leurs mains on entend le bruit du tambour.
tous.

Ô ciel ! qu’entends-je ?

malec.

Ce bruit qui résonne dans ces montagnes comme le tonnerre, ce sont les tambours espagnols.

don alvar.

Qui jamais éprouva une telle disgrâce ?

don fernand.

Que la fête soit suspendue jusqu’à ce que nous sachions ce qui se passe de nouveau.

don alvar.

Hélas ! seigneur, ne le vois-tu pas ? Quoi de plus nouveau que mon bonheur ? Au moment où le soleil commençait à briller dans mon ciel, les armes de l’Espagnol viennent éclipser ses rayons.