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JOURNÉE III, SCÈNE I.


le roi.

La colère et l’orgueil m’engageraient à repousser la force par la force ; mail il vaut mieux suivre les inspirations de la prudence, et je vais te confier mes intentions. L’infante Marguerite, — ainsi l’a voulu le ciel pour mon malheur, — l’infante Marguerite aime Frédéric, et de là est venue cette profonde mélancolie qui a mis sa vie en danger… Je tiens cela d’Hélène et de Séraphine, et je le savais d’ailleurs d’une manière positive… Mon projet serait donc de les marier.


le capitaine.

Sire…


le roi.

Une seule chose m’arrête… c’est que je crains que l’on ne blâme ce mariage à cause de l’état déplorable dans lequel se trouve la raison du prince Frédéric.


le capitaine.

Désabusez-vous : ce sont ses chagrins qui l’ont mis en cet état. Une fois qu’il sera libre, il recouvrera aussitôt sa santé et son bon sens.


le roi.

Je l’espère.— Mais avant de lui donner la main de l’infante, il faut que je fasse une épreuve. Justement voici Marguerite.


Entre L’INFANTE.

le capitaine.

La princesse parait bien triste.


le roi.

Eh bien ! mon enfant, comment va ta mélancolie ?


l’infante.

Hélas ! toujours la même, et comme mes pleurs vous l’indiquent, la joie ne peut plus rentrer dans mon cœur.


le roi.

J’attends de toi un service.


l’infante.

Quel est-il ?


le roi.

Je crains beaucoup que cette prison ne soit fatale au prince Frédéric. Or, s’il venait à mourir, ne pourrait-on pas croire que j’ai moi-même hâté son trépas ? Que ne dirait-on pas en Sicile ?


l’infante.

Eh bien ! qu’ordonnez-vous ?


le roi.

Si tu le voyais aujourd’hui, cela lui rendrait un peu de courage ; sa santé et son esprit s’en trouveraient également bien. — Il faut que tu le voies. Je t’accompagnerai.


l’infante.

Je vous obéirai, sire.