Page:Cennino Cennini - Traité de la peinture, 1858.djvu/20

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PRÉFACE

teur d’écrire tout ce qu’on lui avait appris sur cet art qui descendait en ligne directe de Giotto par Taddeo Gaddi et Agnolo Gaddi son fils, et qu’il le fit avec tant d’amour, tant d’ordre, tant de clarté dans les plus minutieux détails, qu’il en est étonnant. Il suffit de le lire, comme on peut le voir, pour que l’homme le plus ignorant des choses de la peinture puisse de lui-même, avec le seul secours de ce livre, devenir expert et versé dans toutes les manières de peindre usitées chez les maîtres de ces temps reculés. L’écrit de Cennino est pour ces temps-là, et pour les temps qui suivirent, le traité pratique le plus complet que l’on ait jamais fait. Non content d’enseigner minutieusement tout ce qu’il faut suivre, il ajoute ce qu’il faut éviter ; et son examen attentif après avoir discouru des causes en suit les effets. Il ne lui suffit pas d’avoir démontré comment se font les choses, il faut qu’il descende jusqu’à noter comment se préparent les moyens de les faire. Il prescrit la qualité de la matière, la dimension des instruments, et il avise à chaque pas ce que, selon sa doctrine, il faut préférer. Encore n’est-il pas exclusif dans ses préceptes : il remarque les méthodes employées par les autres maîtres, bien qu’il ne les croie pas bonnes à suivre.

Parmi tous ceux qui écrivirent des traités sur l’art de la peinture, Gio-Battista Armenini di Faenza, peintre florissant dans le milieu du xvie siècle, fut le seul qui s’approcha de Cennino et donna des préceptes sur les pratiques. Vasari passe assez légèrement sur cette partie. Tous les autres, désireux de subtiliser et métaphysiquer, entrèrent dans des discussions sur les idées et perdirent de vue l’objet principal. Car, on peut le dire, plus on a voulu s’étendre sur le sublime et le fantastique, plus l’art s’est affaibli : sa puissance lui vient plus de la pratique que de la théorie. Nous voyons que Raphaël et tant d’autres maîtres principaux ne puisèrent à d’autres sources qu’à celles de la nature et de la pratique, et que ceux qui ont tant parlé du beau et de l’idéal n’ont ensuite rien produit qui vaille les œuvres de ces grands hommes.