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DU CH. TAMBRONI

autres, comme je l’ai déjà dit, s’étaient plus occupés de la partie métaphysique que pratique.

Il n’y aura pas d’esprit bien placé qui ne s’apitoye à l’idée que l’auteur auquel nous devons ce trésor le composa dans une prison où l’avait jeté la misère à l’âge pénible de quatre-vingts ans. Les prisons delle Stinche, à Florence, étaient destinées à enfermer les prisonniers pour dettes civiles, comme le remarque Bottari, loc. cit. Je ne puis pardonner à Baldinucci la froide indifférence avec laquelle il dit dans la vie de Cennino : « Nous pouvons dire que Cennino fit cet ouvrage sans autre trouble ou occupation d’esprit ou de personne, telle qu’en peut occasionner la pauvreté, puisqu’il se trouve daté delle Stinche, prison de Florence ainsi nommée des premiers prisonniers qui y furent envoyés du château delle Stinche en Valdigreve. » Ce n’est donc pas assez que la misère prive de sa liberté un homme vénérable par ses cheveux blancs, un artiste qui, au dire de Vasari, avait fait à Florence « plusieurs ouvrages avec son maître et une Vierge toute de sa main sous la loge de l’hôpital Bonifazio Lapi, si bien colorée, ajoute Vasari, que jusqu’aujourd’hui elle s’est parfaitement conservée ! » Pendant que son maître laissait à ses fils d’immenses richesses à sa mort, le malheureux élève restait au déclin de la vie à l’état de mendicité, peut-être allant mourir dans une prison ou un hôpital. Je ne puis conjecturer ce qui le réduisit à une telle extrémité. Si je considère son mérite comme peintre, il semble, d’après les témoignages déjà cités, n’avoir pas été un artiste sans valeur. Si je considère son livre sur l’art, je vois qu’il possède une science complète et universelle de toutes les parties de cet art ; et si enfin je considère sa manière d’écrire, ce qui est ordinairement la pierre de touche où s’essaie l’esprit d’un auteur, je vois toujours régner chez lui la modestie, la reconnaissance, le désintéressement, l’honnêteté et la religion. D’où il faut conclure que quelques grands malheurs, quelque maladie ou la vieillesse, le réduisirent à cette terrible position, qu’il supporta avec une grande force d’âme, car dans toute son œuvre pas un mot de