Page:Cennino Cennini - Traité de la peinture, 1858.djvu/37

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PREMIÈRE PARTIE

Dieu leur a donné, sachant qu’il n’est si petit membre qui ne puisse être utile à l’art de la peinture.

Moi, Cennino, fils d’Andréa Cennini, né à Colle di Valdelsa, fus formé aux secrets de l’art pendant douze ans par le fils de Taddeo, Agnolo de Florence, mon maître. Lui-même apprit son art de Taddeo son père. Taddeo fut baptisé par Giotto, qui le garda comme élève pendant vingt-quatre ans. Giotto changea l’art de la peinture ; de la forme grecque il la conduisit à la forme latine moderne. Il posséda l’art le plus complet que jamais personne ait eu ensuite en sa puissance. Pour l’utilité de tous ceux qui veulent parvenir à cet art, j’enregistrerai ce qui me fut appris par Agnolo mon maître, et ce que j’ai essayé de ma main et vérifié ; invocant avant tout le grand Dieu tout-puissant en la personne du Père, du Fils et du Saint-Esprit ; ensuite la Vierge Marie, doux espoir des pécheurs ; l’évangéliste S. Luc, premier peintre chrétien ; S. Eustache, mon patron, et généralement tous les Saints et Saintes du paradis. Ainsi soit-il.

ii.00Comment les uns viennent à l’art poussés par l’élévation de l’esprit, les autres dans l’espoir du gain.

Ceux que l’art enflamme d’un amour naturel se mettent en route pour y atteindre toujours pourvus d’un esprit élevé. Le dessin réjouit leur intelligence, la nature les y pousse d’eux-mêmes, ils y vont sans guide, sans maître, par délicatesse d’esprit. Pour parvenir à en connaître les jouissances, il leur faut alors un maître avec qui, par amour, ils se disposent à l’obéissance et se mettent en servitude pour arriver à la perfection. D’autres le font par pauvreté et besoin ; mais on doit surtout faire cas de ceux qui parviennent par amour de l’art et noblesse de cœur.